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Le ciné d’Henry Chapier - Stella - Radio Nova

 

OBSERVATOR CULTURAL 23/29 oct 08

La naissance d’un véritable Cinéaste - Conversation avec Vanina VIGNAL
L'article sur le site du journal
Le pdf du journal
Le pdf de l'article en roumain

Bientôt, la traduction en français

 

Télérama, le 13 octobre 2007
On l’a peut-être croisée dans un couloir du métro. Accent de l’Est et fichu sur la tête, Stella fait la manche à la station -Oberkampf. Puis, dos voûté, pas fatiguée, elle rejoint son bidonville en banlieue parisienne. Une cabane-caravane bricolée sous un pont, entre voie ferrée et autoroute, qu’elle partage avec son mari, Marcel, et sa sœur, -Gabi. Stella est venue de Roumanie pour faire soigner Marcel. Aujourd’hui, Marcel va mieux. Maintenant, c’est Stella qui est épuisée. Stella qui se sent usée, qui perd espoir d’un avenir meilleur en France, où, sans papiers, elle est « plus pauvre et misérable qu’en Roumanie ». A travers des instantanés du quotidien saisis sans commentaires, c’est d’abord la vie d’une immigrée, entre précarité et clandestinité, espoir et renoncement, que Vanina Vignal rend extrêmement concrète. La toilette au seau d’eau, le séchoir à linge sur la décharge, le quotidien âpre du bidonville. Mais aussi, la couture avec les copines, un coup de brosse devant le miroir, des éclats de rire pendant le cours d’apprentissage du français… Avec le temps, à force d’observation empathique et de confiance gagnée, la réalisatrice parvient à donner une dimension plus large à son -documentaire, film impressionniste qui -dépasse alors la simple observation de la condition d’étranger marginalisé. Car -Stella est aussi un portrait de femme. Une femme « ordinaire » qui rêve. Qui soupire. Qui espère. « Stelutsa », comme dit affectueusement Marcel, y apparaît comme une amoureuse à la fougue adolescente, prête à tout pour son homme. C’est aussi l’histoire d’une Roumaine déboussolée par la chute du communisme, mais qui n’a rien oublié des horreurs de l’ère Ceausescu. Le destin d’une ouvrière laissée sur le carreau, qui regrette l’usine d’autrefois, même si elle y a laissé un doigt. Comment ne pas s’attacher à Stella, si lasse et si intense ? Et comment ne pas regarder autrement, alors, toutes ces silhouettes anonymes croisées dans le métro ?
Virginie Félix

 

Il était une fois le cinéma
Au « Cinéma du réel », il est question de films documentaires dont la vocation n’est pas seulement télévisuelle, dans la mesure où ils ne respectent pas nécessairement les standards des grilles de programmes, où donc celles-ci ne déterminent ni leur forme ni leur contenu. Ces films ont ainsi toute leur place en salle de cinéma.
Aujourd’hui, Stella de Vanina Vignal. Le personnage éponyme est sans-papiers, venue de Roumanie pour soigner la maladie de son mari, devenue elle-même malade en France, vivant dans une baraque sous l’autoroute et le RER. Pour survivre, elle fait la manche dans Paris, ce que jamais elle ne fit dans son pays. En attendant de pouvoir, finalement, repartir.
Ce qu’il y a de frappant dans ce film, c’est qu’il parvient à voir par-delà la misère, qu’il ne fait pas de celle-ci son sujet, mais une circonstance dans une destinée singulière, tentant d’en disséquer avec pudeur les circonstances particulières. L’écriture et le montage fonctionnent en rétention d’informations : on est tenu en suspens tout le long, jamais pourtant frustré tant on s’attache à l’aventure humaine ici contée. Les cadrages sont toujours à la distance nécessaire au maintien de la dignité et de la force de Stella, force triste mais souveraine. Film sans propos mais impliqué (la réalisatrice va suivre le retour, via un passeur, de son héroïne en Roumanie), Stella parvient à relativiser les discours et regards tout faits sur des personnes dont souvent on ignore tout.
François-Joseph Botbol (Article paru sur le site Il était une fois le Cinéma)

 

ZIUA, 27 Octobre 2007
Le Festival International du Film Documentaire ASTRA Film de Sibiu a suscité des débats controversés à la recherche de « l’élément surprise ».
Quelle est la chance du documentaire dans un monde où le refuge dans la fiction est une constante ? Qui cherche encore des histoires vraies et surtout quelles sont les vérités qui font naître des histoires?
A Sibiu, l’un des événements les plus importants dans la Capitale Culturelle Européenne - et qui tente justement de donner des réponses à ces questions - c’est le Festival International du Film documentaire ASTRA Film. Une foule de spectateurs a rempli cet automne des salles où sont projetés des films documentaires. On peut y rencontrer des personnalités venues du monde du film de fiction comme de celui du documentaire. Parmi eux, pas mal de jeunes. A la fin de chaque projection ont lieu des débats très vifs qui montrent l’intérêt évident pour ce genre de productions. Les films sont très bons, d’un niveau bien plus élevé que lors des éditions précédentes. Les membres du jury savent déjà que leur mission va être des plus difficiles.
« Ce que nous cherchons dans le film documentaire c’est l’ élément surprise » nous avoue Michael Stewart, l’un des membres du jury, en précisant que chaque documentaire doit être l’aboutissement de la quête obsédante de l’auteur.
Deux des documentaires présentés jeudi et vendredi en compétition dans la section Roumanie ont retenu l’attention : « To be or not to be », réalisé par Anca Damian, et « Stella », réalisé par une Française, Vanina Vignal.
Vivante et séduisante par son naturel, c’est l’histoire de Stella, une Roumaine arrivée en France juste après la Révolution afin de sauver son mari gravement malade. On trouve dans le film de Vanina Vignal tous les ressorts habituels d’un film de fiction dont le sujet serait construit autour d’un tel personnage. Avec la différence qu’ici, chaque scène est vraie, et les personnages ont une consistance particulière.
L’histoire d’amour qui pousse ces deux Roumains à quitter leur pays pour la France nous touche par la sincérité du récit. La femme qui mendie dans les bouches du métro, la scène où la soeur de Stella danse sur une musique de « manea » devant la porte ouverte de la roulotte qui leur sert de maison, ou encore cette autre scène où Stella et Marcel - son mari - parlent devant un hôpital à propos « les miracles » de la médecine Française, sont des séquences fortes de vérité.
A ce propos, la réalisatrice nous a avoué: « quand j’ai commencé le film, je savais qu’il fallait que je me donne le temps. Je crois que là se trouve le secret. Je ne suis pas venue avec une idée bien définie, un scénario à moi. Les premiers mois, je n’ai rien mis sur papier, j’ai tout simplement filmé, en cherchant l’angle le plus adapté aux trois facteurs impliqués : moi, la caméra et Stella”.
Monica Andronescu

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Bonjour Bobigny
Afin de survivre, Stella mendie dans le métro parisien. Le soir, cette Roumaine rentre dans un bidonville de la Plaine-Saint-Denis. Les mots, les espoirs, les sourires, les batailles de Stella pour soigner un mari malade, Vanina Vignal les a filmés. Un premier documentaire tout en pudeur où la cinéaste esquisse le portrait d’une femme solide et fragile à la fois.
Soutenu à Bobigny dans le cadre du dispositif “cinéastes en résidence” de Périphérie, Stella commence son aventure sur grand écran au Cinéma du Réel.
Mariam Diop

 

Le réseau des médiathèques de Plaine commune - web de la planète ovale ,
« Stella, entre Bucarest et Saint-Denis », par Vanina Vignal

A quand une politique constructive et surtout imaginative ?
Stella est Roumaine, elle a 49 ans. Après une vie de travail dans les usines socialistes roumaines, je l’ai rencontrée, et filmée, au "Hanul", un bidonville de la Plaine St-Denis situé sous l’A86, le long des rails du RER D. Avec son mari Tzigane Roumain, elle y a vécu plus de cinq années. Pour survivre, elle mendiait dans le métro parisien, assise en bas des marches de la station Oberkampf. L’hôpital de la Pitié-Salpêtrière fut l’un des rares lieux où elle eut un contact direct avec la société française : elle s’y est fait soigner les dents, préservant par là-même sa dignité, malgré tout.
Qui est Stella ? Pourquoi est-elle venue en France ? Qu’a-t-elle laissé en Roumanie ? Comment s’est-elle adaptée à la vie dans un bidonville ? Comment a-t-elle pris la décision d'aller mendier ? Quelles sont ses attentes, ses projets... ses rêves ? C’est parce que je me posais ces questions que j’ai décidé d’en faire un film. Un film sur ces personnes invisibles, auprès desquelles nous passons, jour après jour, dans l’indifférence.
Je me suis immergée dans la réalité de Stella et des siens, prenant le temps nécessaire pour être en mesure de la traduire en images sans céder au folklore ou au sensationnel. Un an et demie à la filmer au plus près, en espérant donner une occasion au futur spectateur de se mettre à sa place, un peu.
Avec Stella, Marcel, Gabi, et tous les autres, j’ai enfin compris un paradoxe de taille : pour une majorité de personnes issues de la classe ouvrière roumaine - jadis portée aux nues et sur-assistée par le régime - le passage brutal à la démocratie fut synonyme d’une chute vertigineuse. Bien malgré elles, ces personnes sont « entrées en démocratie » sans mode d’emploi, sans accompagnement ni explication. Soudainement confrontées au libéralisme politique et économique, elles ont eu le sentiment d’évoluer dans une société qui n’a plus besoin d’elles, ce qui les a amenées, parfois, à regretter la sécurité du régime d’antan.
Avant de rencontrer Stella, je jugeais ces personnes, souvent aperçues à la télévision - elles ne devaient pas avoir beaucoup d’outils intellectuels, on ne pouvait raisonnablement pas regretter une dictature… Après avoir rencontré Stella, je les ai enfin comprises.
Jusqu’en 1989, Stella passait chaque été ses vacances à la mer noire. Jusqu’en 1989, elle était inscrite dans un système qui la prenait en charge, un système qui prenait tout en charge. Etre un maillon dans un système bancal valait mieux qu’être l’électron libre qu’elle est devenue, perdu dans ce vaste monde sans protections.
Aujourd’hui, après avoir dormi dans son bidonville, je comprends enfin d’où elle parle. Avec Stella j’ai pu approcher ce mythe du mendiant de l'Est, pour mieux le déconstruire.
Si Stella et Marcel sont arrivés en France c'est d'abord pour des raisons de santé. Ils n’avaient pas les moyens de faire face aux dépenses « parallèles », indispensables si l’on veut espérer être correctement soigné dans le système hospitalier roumain. Grâce à l'Aide Médicale d'Etat française et après trois grosses opérations les médecins ont sauvé la vie de Marcel.
A l’instar de tant d’autres immigrés économiques, Stella s’est alors mise à rêver d’une vie meilleure en France. Seulement, malgré toute l’énergie déployée, ils n’ont jamais obtenu de papiers et ils ont encore moins trouvé du travail, officiel comme au noir : les habitants des bidonvilles font peur, personne ne veut s’y frotter.
Lorsque j’ai fait sa connaissance, Stella était très déprimée par cette situation qu’elle n’aurait jamais imaginée : « je ne veux plus être la poubelle des français, tout espoir est mort en moi ». Je l’ai finalement accompagnée dans le cheminement intellectuel qui l’a amenée, petit à petit, à prendre la difficile décision du retour au pays.
Pour accepter cette idée-là, Stella s’est inventé des conditions rêvées de retour : Marcel récupèrerait sa retraite, elle obtiendrait une pension pour raisons médicales (les courants d’air du métro ont eu raison de sa santé, elle a été opérée d’une double hernie discale), et ils vivraient enfin heureux dans le petit deux pièces qu’ils avaient quittés pour une caravane française. Mon film se termine à Braïla, lorsqu’elle retrouve sa réalité, sa famille, son appartement, ses souvenirs.
Seulement les choses n’ont pas encore radicalement changé en Roumanie et la maigre retraite de Marcel - 40 euros par mois - ne suffit toujours pas. Ils ont un toit et sont imbriqués dans un tissu social, certes, mais pas de travail pour Stella, donc toujours pas d’argent pour vivre. Alors, après un an et demie de vie en Roumanie, Stella est revenue en France. Son pays est entré dans l'espace communautaire Européen, et elle s’est mise à rêver de droit au travail. Elle a oublié les années d’humiliation, oublié la dure réalité des bidonvilles, et elle ne pouvait certainement pas imaginer que l'entrée de son pays dans l'Europe ne signifierait pas nécessairement libre circulation des travailleurs - il y a des restrictions, les Polonais en savent quelque chose.
Stella a cherché ce travail auquel elle avait enfin droit. Elle ne l’a toujours pas trouvé. En attendant… Stella mendie dans le métro Parisien. Après le cheminement intérieur qu’elle a accompli, après la réflexion qu’elle a menée sur son parcours, j’enrage quand je l’imagine assise en bas des marches, de nouveau.
Depuis que j’évolue dans les bidonvilles, depuis que notre président a fait ses classes comme ministre de l’intérieur, l’hypocrisie est à son comble. L'état français fait rarement face lorsqu’il s’agit d’immigration de personnes non qualifiées. Il est plus simple et confortable d’accueillir les immigrés diplômés. Les gouvernements successifs se contentent d'expulser les Roumains par charters entiers. Aucune aide à l’intégration dans cette France qui manque pourtant de « bras », aucune coopération avec le gouvernement roumain pour tenter de traiter l’origine de cette immigration.
J’ai vu partir les expulsés et je les ai vus revenir. Alors à quand une politique constructive et surtout imaginative ?
Vanina Vignal

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